Les règles du portefeuille prudent

ArgentCombien faut-il de titres différents? Quel montant affecter à chacun?

Voici ce que l'expérience nous apprend.

L'investissement en actions est, statistiquement et sur le moyen-long terme, le plus rentable. Cette meilleure rentabilité vient de ce que les produits qui le composent comportent des risques liés à leur nature et que le couple risque/rentabilité est inversement proportionnel. L'astuce est donc de maîtriser ces risques.

Le réflexe naturel pour ce faire est de les diviser. Dans cette perspective, beaucoup multiplient les lignes, autrement dit le nombre de types d'actions différentes dans leur portefeuille, pensant ainsi augmenter leurs chances de gains et réduire l'impact des mauvais choix qu'ils auraient pu faire.

La meilleure répartition des risques

En apparence, il pourrait y avoir une logique, mais en fait cette attitude comporte un paradoxe: le fait que les gains se trouvent dilués et deviennent insignifiants, à l'image certes des pertes évitées. Mais, au total, le portefeuille, du fait des frais qu'il entraîne souvent, ne permet pas des performances très supérieures à celles des produits sans risques. Et puis des contre-performances sont toujours possibles. Alors, à quoi bon? Le réflexe de collectionneur est donc à proscrire. La diversification des risques reste cependant une bonne idée. Il faut tout simplement qu'elle soit raisonnable. Comme en toute chose, il y a un bon équilibre, une sorte de nombre d'or.

Ce dernier a été calculé. Idéalement, un portefeuille dont les risques seraient bien répartis, sans que cette répartition ressemble à un éparpillement, devrait comporter 14 lignes différentes, de façon à ce que chacune d'entre elles ne pèse que 7% de la valeur globale de sa partie actions.

Ce ne peut être naturellement qu'une répartition idéale qui, avec le temps, se déformera du fait des évolutions des cours, mais vers laquelle il faudra tendre le plus possible. En prenant partiellement des bénéfices et en renforçant des positions sur des titres qui auraient baissé, mais qui méritent d'être conservés. Enfin, en faisant des arbitrages. Autrement dit, il ne faut pas hésiter à acheter ou à vendre en totalité, ni à alléger ou à renforcer des positions.

Seconde question: faut-il investir par ligne lors du premier achat? Tout dépend, naturellement, des sommes consacrées globalement par chacun à l'investissement en actions, mais là aussi il existe une règle.

Le portefeuille idéal

La somme minimale doit permettre une prise partielle de bénéfices (vente de la moitié de la position), sans que le bénéfice pris soit ridicule et sans que la valeur des titres restant en portefeuille soit insignifiante. Il existe également un maximum qui, lui, doit permettre le doublement d'une ligne pour mieux se positionner dans le cas où les cours baisseraient sensiblement après l'acquisition d'une valeur (on parle alors d'une moyenne en baisse), sans que le poste "liquidités" dont c'est l'utilité, soit épuisé, ni que le doublement déséquilibre par trop la composition du portefeuille, autrement dit la répartition des risques. Le minimum idéal à investir serait de 15000 francs par ligne (2286 euros). Ce qui donnerait pour les 14 lignes un portefeuille type de 210000 francs (32012 euros). Et là, on admet qu'un portefeuille doit compter entre 10 et 15% de liquidités par rapport à sa valeur globale, soit une moyenne de 12,5% ou encore 30000 francs (4573 euros), on arrive peu ou prou à un portefeuille idéal d'une valeur minimale de 240000 francs (36585 euros). C'est d'ailleurs la valeur moyenne des portefeuilles français. Chacun calculera donc son propre minimum d'investissement par ligne en fonction de la somme qu'il compte investir globalement en Bourse, en tenant compte du minimum déjà évoqué. Ainsi un portefeuille de 480000 francs (73170 euros) pourra comporter des lignes de 30000 francs (4573 euros).

Comment faire lorsque l'on a moins de 240000 francs à investir et que l'on souhaite rester prudent tout en intervenant quand même directement en Bourse?

Actions et OPCVM

La solution est de compenser la répartition des risques par la présence d'un OPCVM (fonds commun de placement ou Sicav) en sachant que toute valeur acquise directement doit représenter un minimum d'investissement de 15000 francs, que les liquidités doivent représenter 15% de cette somme et que l'investissement doit être équilibré par une somme identique (actions plus liquidités) en OPCVM. Sur ces bases, on peut démarrer un portefeuille prudent avec 32250 francs (au-dessous de cette somme, il est préférable de se contenter d'un OPCVM). La règle des 50% en OPCVM reste valable jusqu'à 5 lignes différentes en actions. Puis, progressivement, la part en OPCVM diminuera pour disparaître complètement dès la création de la 14e ligne. On comprend qu'une valorisation rapide d'un OPCVM peut accélérer la composition du portefeuille d'actions par la conversion des gains réalisés en actions. La valorisation des actions jouera parallèlement par les opérations de gestion (prises partielles de bénéfices) qui généreront des liquidités à remployer pour l'achat d'une ligne nouvelle. En sachant que les liquidités ne doivent jamais descendre au-dessous de 10% de la valeur des actions du portefeuille, alors qu'une ligne est ramenée à un prix de revient de zéro franc (ou euro), elle n'a pas à être comptabilisée, ni pour les liquidités, ni dans le décompte des 14 lignes, puisque le risque qu'elle présente est nul.